dimanche 24 janvier 2010

Identité Nationale (2): Ariane, comme t'y es belle!

Certains avaient trouvé mon post sur Love Actually un peu léger. L'humeur festive qui le nourrissait aurait du m'épargner cette critique, pas complètement injustifiée il est vrai. J'ai peur de tomber à nouveau sous le coup des censeurs en proposant une deuxième réponse au délicat problème de l'identité nationale - un peu plus sérieuse, en attendant mieux (on y travaille!).

C'est évident à y réfléchir un peu plus, la culture qui rassemble le mieux les Français ces temps-ci, c'est la culture séfarade. Qui ne se reconnaît pas dans le charme blagueur de Gad Elmaleh? Qui n'a pas adopté, peu ou prou, les tics de la Vérité, si je mens? Neuilly-sud ("saint-james") est notre Kensington, le 16ème notre Notting Hill.
Beaucoup plus à l'aise avec le monde arabe que les mentalités "vieille France" ou les élites ashkénazes, elle opère comme un trait d'union entre les différentes immigrations. Dans ces aspects les plus superficiels, consuméristes voire folkloriques, dans son humour, elle forge une nouvelle synthèse qui plaît et convient bien à un pays en plein basculement vers le Sud entre les racines des deuxièmes ou troisièmes générations d'immigrés d'Afrique du Nord et l'héliotropisme de ses retraités éduqués par le Club Med d'Agadir migrant en masse vers les pavillons du Roussillon. Mais si l'on tend un peu plus l'oreille, on peut également entendre l'écho de la grande musique tolédane du 12ème siècle, au carrefour des 3 cultures, bref moment d'échange et d'harmonie. Nous aussi, nous devons sans doute protéger Maïmonide, Averroes et Thomas d'Aquin contre les assauts almohades ou l'enthousiasme vite inquisiteur du Cid.

La France a du mal à regarder son immigration en face, à la différence du New Labour, qui en avait fait un élément clé de sa synthèse: multiculturalisme, emploi et sécurité dans une Cool Britannia reconnaissant pour la première fois d'autres accents que celui de la reine à la BBC. Elle a du mal à en débattre -elle à du mal à débattre de quoi que ce soit, ces temps-ci.
Cette nouvelle synthèse est pourtant inévitable car l'immigration en tant que fusion des peuples est inéluctable, la créolisation une donnée permanente de l'histoire. Notre créolisation, c'est avec l'Afrique du Nord (et peut etre l'Afrique tout court) qu'elle va s'opérer. La culture séfarade nous en donne un aperçu, un avant-goût. Et ce n'est pas par hasard que le première petit-fils de Sarkozy s'appelle Solal!

samedi 23 janvier 2010

Bonjour M Rueff

Je pensais que le nom et la pensée de Jacques Rueff avaient disparu dans l'empyrée des économistes libéraux, quelque part au dessus du Léman, en priant pour que le grand retour au keynésianisme ne trouble sa tranquillité. Mais de récentes réflexions sur le lien entre changes flottants et prix des actifs semblent réveiller ses mânes.

L'argument est le suivant: une fois la contrainte d'un stock d'or forcement limité sur les finances publiques, les deficits exterieurs n'ont plus de correctifs et nourrissent le développement de bulle via l'explosion de la monnaie et du crédit. Deux chiffres: les balances extérieures monétaires se sont accrues de 55% durant les 30 Glorieuses - et de 2000% depuis!
Pris au pied de lettre, le raisonnement est un peu court. Caricaturé, il revient à dire que si l'économie ne s'était pas développée, globalisée, elle ne se serait pas financiarisée dans les mêmes proportions, donnant naissance à des bulles spéculatives ridiculisant par leur ampleur la faillite de Law.
Mais on peut lire les choses autrement: mon cher Buttonwood conclut son blog par ces mots très Rueffiens: "too often over the last 40 years our answer has been to create new claim on wealth than wealth itself". http://www.economist.com/blogs/buttonwood/2010/01/ruffer_view. On n'est pas très loin des "faux droits" de M. Rueff.

Ce que ne pouvait imaginer le respectable académicien, c'est que les ménages du monde occidental se prendraient pour des SIMS: on se fixe un budget illimité (ou pas de budget) et on se construit la maison de ses rêves... Finalement, ce à quoi nous faisons face, c'est le début de résorption du décalage entre nos rêves et la réalité. Plus précisément, entre nos désirs de consommation et de possession, par définition éternellement inassouvis, et la réalité plus modeste de la hausse de la productivité (on n'ose plus parler de richesse réelle). La désepargne, l'endettement, l'inflation pyramidal des actifs avaient compensé pendant 20 ans. Cette époque est finie - mais le rêve n'est pas mort, et je ne serais pas surpris de voir resurgir toutes tentatives pour le ranimer.

vendredi 8 janvier 2010

Saint Vincent, François, Paul et les autres

On croise de temps à autre des Bixente, des Elen, des Herrick, en se disant que le ridicule ne tue pas. Puis on évoque l'immortel génie de Claire Bretécher, peuplant ses bandes de Bergère, de Myrtil et autres Modern.
C'est l'erreur typique de perspective du réac de base. Tout a toujours été moderne, en rupture. Les ancêtres des nos ducs portaient et portent encore des prénoms issus du francique, de l'ancien germain. Même nos saints ont des prénoms peu catholiques: pour un Paul, parlons de François ("le petit français", certes baptisé Giovanni), de Vincent, le "victorieux" etc.
Tout çà est très loin du parler de Canaan des puritains genevois ou anglo-saxons qui verra refleurir les Abraham et les Noah.
Ces saints ont créé des lignées, des traditions - qui nous semblent aujourd'hui le comble du classicisme tant le temps recouvre toutes les aspérités. Ils ont créé des ordres, dans un esprit de rupture, de conflit et d'innovation. François fuit Assise, rompt avec l'ordre établi pour créé un nouvel ordre (on pense à E.Mounier, s'insurgeant contre le désordre établi), insatisfait par l'évolution de l'ordre institué par Bernard ("brave comme l'ours" en francien). Après deux siècles, ses fratelli seront synonymes de corruption et de dévoiement de l'Eglise et Ignace s'insurgera à son tour.
Il est d'ailleurs remarquable que ces grands saints en ont appelé aux papes contre leur hiérarchie immédiate, temporelle et spirituelle, pour accomplir leur réforme. Ce sont des Innocents, des Calixtes (né Guy ou Gui, encore un prénom germanique), des Grégoires (nés Alexandre, tout çela est bien grec!) et même un Paul (mais né Alexandre) qui les ont soutenus.
Toute petite leçon de ce parcours onomastique: gardons nous d'un conservatisme de premier niveau. Il faut bousculer l'ordre établi pour en créer un nouveau. Reste à savoir qui doit s'en charger. Le danger vient de ceux qui pensent que le nouvel ordre est prévisible. La destruction de l'ordre crée le désordre, c'est à dire la vie, jaillissante, autonome, imprévisible. L'action humaine, qu'elle soit individuelle ou collective (étatique) crée l'inconnu - ce qui est fort réjouissant, tout compte fait.

jeudi 24 décembre 2009

Yuletide

Intrigué par les rennes du Père Noël, je me suis livré à de rapides recherches... La petite mythologie de Noel est américaine: les rennes, le Pere Noel/ Santa Claus en rouge Coca-Cola etc. C'st à dire qu'elle est la fusion, produite aux USA au 19ème siècle, de réalités autochtones (la dinde!) d'éléments chrétiens, britanniques (Dickens) , et de folklore scandinave ou germanique.
La synthèse est parfaite, authentique, y compris dans sa touche de commercialisme. Il s'agit d'un bon exemple de ce que produit une culture de melting pot, unanimiste: " everyone knows a turkey and some mistletoe help to make the season bright" chante Nat King Cole alors que la ségrégation fait encore rage... http://www.dailymotion.com/video/xuqg2_nat-king-cole-the-christmas-song_music
Dans ce moment de mélange accéléré que connaissent nos pays européens, quelle sera la mythologie nouvelle?

vendredi 11 décembre 2009

Positivement l'amour

Revu Love actually pour la nième fois. A l'heure du débat sur l'identité nationale, il est frappant de voir un film anglais qui synthétise autant l'identité anglaise (voire londonienne) de son époque: si totalement anglais jusque dans ses idiosyncrasies les plus quaint, et en meme temps multiculturel, si moderne dans sa superficialité.
Quel est l'équivalent français? Pas les Chti, qui ne sont pas du tout inclusif, peut-être Amélie Poulain (mais ce serait déprimant...).
Plus largement: y-a-t-il une culture française moderne, qui soit à la fois totalement française et réellement moderne, tenant compte de tous les dynamismes et les particularités de la société actuelle, telle qu'elle, et non tel que les uns ou les autres la rêvent? Une culture partagée, savante et populaire, provinciale et parisienne. Quels sont les rites communs, les moments de communion?
On a plutôt un sentiment d'émiettement, de décalage entre un discours élitiste artificiel et une série de cultures populaires, d'histoires différentes. L'identité nationale est intellectuelle (une passion aprtagée pour l'égalité, notamment), plus que ressentie.
Pas étonnant d'ailleurs que nos intellectuels préfèrent Mike Leigh ou le sinistre Ken Loach, chantres misérabilistes d'une Grande Bretagne comme on aime la mepriser de ce côté de la Manche aux films un peu à l'eau de rose comme Love Actually!

dimanche 6 décembre 2009

Engagez vous, rengagez vous

Que restera-t-il de l'engagement des ouailles après le Déluge?

Le cadre, c'est différent, c'est le petit chef, l'agent de maîtrise, le fondé de pouvoir. Il est apparu dans la réalité des grandes entreprises, notamment ferroviaires, à la fin du 19ème siècle. Le mot vient de l'armée et du catholicisme social (Lyautey) - c'est d'ailleur un mot difficile à traduire en anglais - qui parle plus de managers (la notion de direction est alors plus présente). Aux USA, la notion trouve sa consécration avec le livre de Burnham (The managerial revolution,1941, traduit en 1947 l'"Ere des organisateurs" avec une préface de L. Blum, au moment où se forment la CGC et l'AGIRC).

L'après guerre voient leur triomphe, celui de la "main visible" (A. Chandler - étudiant la General Motors de A.P. Sloan), de la technostructure (Galbraith, 1967). Les grandes entreprises gouvernent le monde, dirigées par une armée de cadres qui en planifient le développement à 15 ans, la main dans la main avec l'Etat. Le PDG est le plus ancien dans le grade le plus élevé. Les actionnaires passent au second rang dans le grand bear market des 30 Glorieuses. Les titulaires d'actifs sont laminés par l'inflation. Les grands dirigeants régnent sans partage, s'appuyant sur leurs cadres empilés en couche (layers) sans cesse plus nombreux - le PDG étant l'un des leurs, le plus ancien dans le grade le plus élevé-, tous communiant dans un seul but, l'extension de l'empire,plus gros, plus prévisible, quitte à construire un conglomerat peu digeste et pour finir, peu rentable.
C'est cette pyramide que vient ebranler la fin de l'inflation et le démarrage de la recherche de rentabilité des capitaux investis. Les conglomérats tremble , les barbares sont à la porte (le livre du même nom relatant la prise de controle de Nabisco date de 1990, le film Wall Street de 1987 - sans oublier dès 1983 l'hilarante aventure de la Crimson Permanent Assurance, narrée par les Monty Python).
C'est le démarrage de la remise en cause du pouvoir des cadres, et plus précisément de leur autonomie - de leur progressive aliénation. On supprime des niveaux hierarchiques (delayering), on institue des systèmes hiérarchiques croisés (organisation matricielle). Mais avant d'aller plus loin et de pleurer l'aliénation croissante des cadres, il faudrait s'interroger sur leur statut dans la période 1945/1985, dans la grande entreprise en construction: on connait nombre d'ouvrage qui
pointe déjà du doigt leur position difficile entre la haute direction et les employés (L'imprécateur, 1973), la tentation de s'abandonner complétement à l'entreprise au risque de s'y perdre (Affaires Etrangères, 1979).

Car au début, les cadres ont joué le jeu, souvenons des années 80, et Bernard Tapie et d'Yves Montand, chantre de l'entreprise après avoir decrié l'"usine de Puteaux où je visse sans cesse le meme petit boulon".


Je serais donc tenté de dire que l'aliénation est la caractéristique même de la présence des cadres dans l'entreprise depuis l'origine. Qu'est-ce qui a changé? 4 choses principalement:

- le nombre des cadres dans l'entreprise: il est paralèle à celui du nombre des diplômés de l'enseignement supérieur (de 5000 MBAs par an on passe à plus de 100 000 aux USA seulement, ce qui est enorme en terme de stock); il y a clairement une dévalorisation relative du rôle et de la rémunération des cadres non dirigeants, dans un contexte plus général de l'entreprise par apport à la finance.

- le rythme imprimé par la technologie: de la lettre au blackberry, du voyage à la visioconférence, le délai de réaction s'est réduit à néant, comprimant le temps disponible - phénomène général aggravé en France par la généralisation des 35 heures (d'autant que le rapport au travail est très particulier en France).

- l'autonomie: d'un modèle assez décentralisé (par la force des choses, notamment pour des raisons technologiques!), à un modèle où le cadre n'est plus le dirigeant par délégation de son petit univers, rendant des comptes à des moments espacés, mais pris dans un faisceau de techniques de management, de matrices et de groupes projet.

- la fin du secteur abrité: la concurrence ("un excitant à faible dose, un poison à dose massive") a détruit les situations acquises, les jobs peinards, et a engendré une accélération croissante. C'est sans doute la cause profonde de la perte d'autonomie.

Malgré mes réticences, j'en conclue donc, provisoirement, à la réalité de l'aggravation du malaise des cadres. Les news magazines vont pouvoir continuer de faire leur couverture annuelle sur le sujet ... c'est tout de même un point réconfortant.

vendredi 4 décembre 2009

Le poids des mots

Et si au lieu de "Fond de pension", on avait traduit (plus correctement) pension funds par caisse de retraite?
Aurait-on pu parler de la tyrannie exercée par les caisses de retraite sur l'industrie nationale? De la domination sans pitié des Scottish Widows?
Aurait-on alors réalisé ce qui se passe vraiment?