Lecture passionnante du livre de Shlomo Hand: Comment le peuple Juif fut inventé?
La thèse est provocante: le monde juif n'a pas de réalité ethnique, ni avant la chute du temple aux temps bibliques, ni dans le cadre de la diaspora.
Elle se décompose en plusieurs arguments: le peuple d'Israel, en tant qu'il descend d'Abraham et de Jacob est un mythe et ne recouvre aucune réalité politique avant les Macchabées. Le royaume de Salomon est mythique, tout autant que celui d'Ulysse ou d'Agammemnon. La bible est un récit mythique, tout comme l'Iliade ou l'Odyssée nous parlent d'un passé grec révolu et raconté. La religion judaïque se constitue durant l'exil babylonien, les mythes cananéens se cristallisant au contact du monothéisme persan. Le récit biblique mythique est mis en forme par Esdras et Néhémie comme Hesiode ou Homère ont mis en forme la mythologie hellène - plus tardivement que Finkelstein et Silbermann ne le pensent.
En second lieu, qu'est-il advenu au tournant de notre ère? La religion juive a connu un très grand succès, répondant aux angoisses des peuples de l'Empire Romain, convertissant les individus par milliers - en concurrence avec d'autres espérances (on songe au culte de Mithra... et au christianisme). Les juifs d'aujourd'hui sont les descendants de ces convertis, les juifs d'Afrique du Nord des berbères et les askenazes peut-être des khazars des rives de la Caspienne. Quant aux juifs de Palestine, ils sont restés sur place (pas de trace de baisse de la population après la chute du Temple), ils se sont convertis au christianisme... puis à l'Islam. Les Palestiniens sont donc les vrais produits de la terre d'Israel.
Dans ce schéma, il n'y a donc pas d'ascendance commune entre les Juifs, mais une culture partagée, dont la racine commune est la Torah, rien d'autre.
Les fondateurs sionistes d'Israel étaient donc confrontés à un dilemme. L'unité du peuple qu'ils rassemblaient ne pouvaient être raciale, ils ne souhaitaient pas qu'elle fusse uniquement religieuse. C'est ce dilemme qui rend l'identité israélienne difficile.
Le livre a connu un grand retentissement, en Israel et aussi un peu en France. Il a été vertement critiqué, sur le mode: rien de nouveau, nous savions déjà tout cela, il n'y a pas d'identité raciale, il n'y a pas d'unité culturelle hors de la religion, la culture israélienne est neuve par rapport à ce qui la précède. Tout de même, que de sujets de réflexion par les temps qui courrent...
dimanche 6 juin 2010
samedi 29 mai 2010
Le furet
Les particuliers se sont endettés pour vivre au dessus de leurs moyens sans épargner assez pour leur retraite. Les banques les ont financés, tout en prenant des risques accrus pour assurer leur rentabilité. Les États les ont sauvés. C'est de la cavalerie à l'échelle mondiale.
La dette des particuliers a été transférée des banques aux États, qui se retrouvent dans des situations impossibles. Ce qui permet aux ultras des marchés de revenir à leur rengaine anti-étatique, en oubliant très vite qu'ils doivent d'avoir sauver leur peau à ces mêmes États....
On est partagé: les États ont sauvés les banques, difficile de leur reprocher. Mais n'ont ils pas contribué fortement à l'endettement initial des particuliers en s'abstenant de prende les mesures courageuses qui auraient permis un équilibre des finances prives, comme publique (par exemple un financement adéquat des recette, ou un travail systématique sur la productivité/ compétitivité internationale)?
Le welfare state a survécu à sa faillite par l'endettement, qui a produit une sorte d'Etat providence pour la classe moyenne, y compris dans les pays soi-disant les plus libéraux. Le poids de la partie faiblement productive de l'économie (administrations, mais pas seulement) pése sur le secteur privé, qui doit donc être hyperproductif pour soutenir l'envie de consommer et le besoin d'épargner. mais l'argent des investissements productifs est parti dans l'immobilier!
En dernier ressort, les choses sont simples: c'est l'essor des économies du pacifique qui a provoqué ces bouleversements, cet excès d'épargne combiné à une pression à la baisse sur les prix -entre 1992 et 2007. Aujourd'hui, on assiste au basculement: la croissance, l'argent, tout se passe en Asie. Si on arrive à vendre à la Chine, nous avons une possibilité de sortir de ces impasses par le haut. Sinon, c'est l'(hyper) inflation ou un déclin à la japonaise, voire à l'Argentine.
La dette des particuliers a été transférée des banques aux États, qui se retrouvent dans des situations impossibles. Ce qui permet aux ultras des marchés de revenir à leur rengaine anti-étatique, en oubliant très vite qu'ils doivent d'avoir sauver leur peau à ces mêmes États....
On est partagé: les États ont sauvés les banques, difficile de leur reprocher. Mais n'ont ils pas contribué fortement à l'endettement initial des particuliers en s'abstenant de prende les mesures courageuses qui auraient permis un équilibre des finances prives, comme publique (par exemple un financement adéquat des recette, ou un travail systématique sur la productivité/ compétitivité internationale)?
Le welfare state a survécu à sa faillite par l'endettement, qui a produit une sorte d'Etat providence pour la classe moyenne, y compris dans les pays soi-disant les plus libéraux. Le poids de la partie faiblement productive de l'économie (administrations, mais pas seulement) pése sur le secteur privé, qui doit donc être hyperproductif pour soutenir l'envie de consommer et le besoin d'épargner. mais l'argent des investissements productifs est parti dans l'immobilier!
En dernier ressort, les choses sont simples: c'est l'essor des économies du pacifique qui a provoqué ces bouleversements, cet excès d'épargne combiné à une pression à la baisse sur les prix -entre 1992 et 2007. Aujourd'hui, on assiste au basculement: la croissance, l'argent, tout se passe en Asie. Si on arrive à vendre à la Chine, nous avons une possibilité de sortir de ces impasses par le haut. Sinon, c'est l'(hyper) inflation ou un déclin à la japonaise, voire à l'Argentine.
samedi 22 mai 2010
L'équation de la dette
Les chiffres volent, comme des injures. Sans fondement apparent.
On sait bien, depuis Goethe et Heidegger, que,nous,Européens, sommes nés dans le berceau de la Grèce. Sera-t-elle notre tombeau? Ou cette même raison née du printemps hellène pourra nous guider et nous aider à cheminer dans ce monde complexe. Une raison mathématique (c'est bien çà, la vraie révolution de Pythagore et Platon: l'être s'écrit en symboles mathématiques).
Posons donc quelques équations: si la dette d'un pays est égale à son PIB, le taux d'intérêt sur cette dette représente un prélèvement équivalent à son taux. L'augmentation en valeur du PIB (augmentation réelle plus inflation) sert alors en totalité ou en partie à rembourser l'emprunt. Si ce remboursement est supérieur au taux de croissance le pays s'appauvrit et diminuer ses capacités ultérieures de remboursement. On peut tolérer un faible taux (disons 3%, facilement couvert par une croissance à 2% et une inflation à 2%), ou un faible endettement (disons 60%, ce qui avec un taux à 3% entraîne une charge de la dette de 2% (= 60% de 3%); Mais à 100% de dette et 4% de taux d'intérêt, c'est la totalité de la croissance qui disparaît.
Si la dette est détenue à l'étranger, c'est la nouvelle richesse produite qui s'en va. Si la dette est détenue par des agents domestiques (comme au japon), ce sont les actifs qui subventionnent les créanciers (les retraités, les rentiers).
C'est mathématiquement intolérable.
On sait bien, depuis Goethe et Heidegger, que,nous,Européens, sommes nés dans le berceau de la Grèce. Sera-t-elle notre tombeau? Ou cette même raison née du printemps hellène pourra nous guider et nous aider à cheminer dans ce monde complexe. Une raison mathématique (c'est bien çà, la vraie révolution de Pythagore et Platon: l'être s'écrit en symboles mathématiques).
Posons donc quelques équations: si la dette d'un pays est égale à son PIB, le taux d'intérêt sur cette dette représente un prélèvement équivalent à son taux. L'augmentation en valeur du PIB (augmentation réelle plus inflation) sert alors en totalité ou en partie à rembourser l'emprunt. Si ce remboursement est supérieur au taux de croissance le pays s'appauvrit et diminuer ses capacités ultérieures de remboursement. On peut tolérer un faible taux (disons 3%, facilement couvert par une croissance à 2% et une inflation à 2%), ou un faible endettement (disons 60%, ce qui avec un taux à 3% entraîne une charge de la dette de 2% (= 60% de 3%); Mais à 100% de dette et 4% de taux d'intérêt, c'est la totalité de la croissance qui disparaît.
Si la dette est détenue à l'étranger, c'est la nouvelle richesse produite qui s'en va. Si la dette est détenue par des agents domestiques (comme au japon), ce sont les actifs qui subventionnent les créanciers (les retraités, les rentiers).
C'est mathématiquement intolérable.
La porte etroite... pas pour les fils d'instit.!
L'article d'E. Le Boucher, repris dans Slate (http://www.slate.fr/story/21799/editer-le-boucher-les-echos), conforte une note des mes post précedents: un élève de l'X sur deux a au moins un parent prof. Je le savais déjà pour l'écrasante majorité des normaliens - chez qui la notion de l'entreprise a régressé depuis 30 ans! Je crois l'avoir noté: plus d'un quart des élèves de prépa a un parent prof.
Que veut dire "élitisme républicain" dans ce contexte? Je préfère une affirmative action en direction des plus courageux des enfants des ghettos que ces futures générations de fils de prof.
Que veut dire "élitisme républicain" dans ce contexte? Je préfère une affirmative action en direction des plus courageux des enfants des ghettos que ces futures générations de fils de prof.
vendredi 14 mai 2010
samedi 8 mai 2010
Don't cry for me argentina
La situation de l'Europe, de la Grèce, mai aussi plus subtilement dela France est etrangement réminiscente de celle de l'Argentine après 1930. Ebranlée par la crise, l'Arrgentine a refusé les adaptations nécessaires. Riche culturellement, elle s'est appauvrie économiquement, au rythme du tango. Bientôt le populisme plus ou moins violent est arrivé, glorifiant une tragique resistance au changement.
Aubry ou Merkel sont confrontées à un choix: devenir Evita ou Thatcher.
Aubry ou Merkel sont confrontées à un choix: devenir Evita ou Thatcher.
samedi 10 avril 2010
Un bon coup d'inflation?
Pour approfondir le post précedent, je suis maintenant sceptique sur les chances sociales et politiques d'un retour de l'inflation. Encore une fois, c'est la politique intergénérationnelle qui me paraît déterminante. L'inflation est tolérée voire voulue par le corps social quand les forces qui le dominent y trouve leur compte, en l'occurrence des titulaires nets de dette non indexée dont les revenus peuvent suivre la hausse des prix. Ce fut le cas des actifs entre 1960 et 1980. L'Etat, qui a le plus souvent intérêt à voir sa propre dette diminuer a pu emboîter le pas.
Ce n'est plus autant le cas aujourd'hui. La génération dominante est à la retraite ou bien la prépare, avec des revenus susceptibles de ne pas suivre l'inflation (on se souvient de la tonte massive des rentiers entre 1914 et 1930, puis 1945-1980). Les actifs sont moins nombreux, moins engagés politiquement. Une partie de leur endettement est à taux variable. Plus fondamentalement, la situation mondiale de sous-emploi leur fait courir le risque de ne pas voir leur rémunération progresser plus vite que les prix (surtout si l'on prend en compte la part psychologique, évidente en France où domine la perception d'une baisse du pouvoir d'achat en dépit des statistiques témoignant du contraire).
Les États ont, plus que jamais, intérêt à se sortir de son sur endettement par un "bon coup d'inflation", mais ils risquent de ne pas trouver assez d'appui en interne pour s'y engouffrer. La pensée économique dominante depuis 1979 a été ébranlée par la crise, mais elle a de beaux reste, ne serait-ce que parce qu'elle s'appuie sur des réalités générationnelles qui ne changeront que lentement. Il n'est qu'à voir le tollé provoqué par l'opinion pro-inflationniste des économistes du FMI pour s'en convaincre.
Tout cela vaut clairement pour les sociétés dites avancées. Il faut voir quel est l'intérêt des économies émergentes, à commencer par la Chine, qui sont les grandes gagnantes de la crise.
Elles peuvent provoquer l'inflation par leur appétit de matières premières. Il me semble également que la pression à la baisse des prix exercée par les exportations chinoises me paraît se ralentir (les coûts augmentent vite en chine et l'armée de réserve de l'intérieur est moins nombreuse, relativement à la côte).Mais le fait qu'elle soit massivement créditrices (un paradoxe historique) me paraît être un frein. C'est sans doute là que se jouera le basculement ou non dans une nouvelle Grande Inflation.
Ce n'est plus autant le cas aujourd'hui. La génération dominante est à la retraite ou bien la prépare, avec des revenus susceptibles de ne pas suivre l'inflation (on se souvient de la tonte massive des rentiers entre 1914 et 1930, puis 1945-1980). Les actifs sont moins nombreux, moins engagés politiquement. Une partie de leur endettement est à taux variable. Plus fondamentalement, la situation mondiale de sous-emploi leur fait courir le risque de ne pas voir leur rémunération progresser plus vite que les prix (surtout si l'on prend en compte la part psychologique, évidente en France où domine la perception d'une baisse du pouvoir d'achat en dépit des statistiques témoignant du contraire).
Les États ont, plus que jamais, intérêt à se sortir de son sur endettement par un "bon coup d'inflation", mais ils risquent de ne pas trouver assez d'appui en interne pour s'y engouffrer. La pensée économique dominante depuis 1979 a été ébranlée par la crise, mais elle a de beaux reste, ne serait-ce que parce qu'elle s'appuie sur des réalités générationnelles qui ne changeront que lentement. Il n'est qu'à voir le tollé provoqué par l'opinion pro-inflationniste des économistes du FMI pour s'en convaincre.
Tout cela vaut clairement pour les sociétés dites avancées. Il faut voir quel est l'intérêt des économies émergentes, à commencer par la Chine, qui sont les grandes gagnantes de la crise.
Elles peuvent provoquer l'inflation par leur appétit de matières premières. Il me semble également que la pression à la baisse des prix exercée par les exportations chinoises me paraît se ralentir (les coûts augmentent vite en chine et l'armée de réserve de l'intérieur est moins nombreuse, relativement à la côte).Mais le fait qu'elle soit massivement créditrices (un paradoxe historique) me paraît être un frein. C'est sans doute là que se jouera le basculement ou non dans une nouvelle Grande Inflation.
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